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IGNOTI NULLA CUPIDO



Aux palais nouveaux impalpables et évanescents «puisqu’ils n’ont jamais existé nulle part», Robert Fludd préférait «les salles réelles […] agréables à l’œil par l’ornement, la beauté, la perspective, ou quelque autre trait» pour pratiquer l’art de la mémoire avec force et sûreté. C’était en 1619 - au temps du Globe de Shakespeare et de son épitaphe «le monde entier est un théâtre» - deux siècles avant qu’une image apparue sur plaque enduite de bitume de Judée et soumise à la lumière n’annonce la possibilité d’un nouveau médium.  

Aujourd’hui, pendant que notre mémoire est synchronisée dans le cloud, nous voyons s’élever le nouveau palais Meta avec sa cohorte d’algorithmes, à la fois ouvriers et maîtres d’hôtel. Pour le meilleur comme pour le pire, nos vies sont augmentées, nos images stockées, nos désirs devancés. Mais le monde tangible, la surprise et l’innatendu sont à chercher ailleurs.

La modernité implique la mélancolie et tout progrès implique un regret. Mais il existe une mélancolie heureuse, celle d’aimer une image du monde dont on sait qu’elle n’est qu’une image. Regarder une photographie ancienne c’est voyager un instant dans le temps, dans l’espace. En posséder, c’est rassembler des formes du monde entier, c’est se constituer son théâtre d’images, c’est se donner la possibilité d’une mémoire.

Avec ces images et ces publications, le projet s’adresse à tous et propose des photographies originales d’époques, d’usages et de registres variés. Ces propositions sont guidées par une exigence : le plaisir des yeux ou de l’esprit, c’est à dire l’étonnement ou l’intérêt.
Puisse ce projet susciter l’envie de collectionner et pousser celles et ceux qui le veulent à franchir cette ligne d’ombre car - dit-on - «les collectionneurs sont des gens heureux.»


©barnabé moinard / courtesy barnabé moinard photographies - 2022